Ne limitons pas la liberté d’expression sur Internet

Originally Published by Le Monde: 18 July 2014. Original linked here.

Au cours des dernières semaines et mois, la crainte du développement du terrorisme en Syrie et en Irak, mais aussi en Europe, est devenue une préoccupation croissante. La peur de la prolifération de combattants étrangers qui peuvent retourner dans leur pays d’origine et le cibler en utilisant leurs nouvelles compétences est une réalité.

En réponse au développement de cette tendance en France et à l’international, le 25 juin, le gouvernement français a présenté à la Commission européenne l’article 6 de l’avant-projet de loi relatif à la lutte contre le terrorisme. Cet article renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme complète les dispositions de la loi de 2004, qui demande aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer l’accès aux sites pouvant provoquer des actes de terrorisme ou faisant l’apologie de celui-ci. Lesdits fournisseurs sont également astreints à l’obligation de surveillance limitée prévue par la loi de 2004.

Il est toutefois nécessaire de s’interroger sur les implications et les résultats de ce nouvel article. Avant même que soient présentées ces nouvelles dispositions, l’Association des services Internet communautaires s’est déclarée préoccupée par leurs conséquences pour la liberté d’expression sur la Toile. Bien que tout le monde soit d’accord sur le fait que la lutte contre le terrorisme et la radicalisation constitue une priorité, l’utilisation de la censure pour atteindre cet objectif permet plus de combattre un symptôme que la véritable cause du phénomène.

Dans un récent rapport, la Fondation Quilliam, un think tank londonien qui lutte contre l’extrémisme, analyse le phénomène du fondamentalisme islamiste en ligne en France comme au Royaume-Uni. Le rapport, intitulé « Jihad Trending », traite du rôle d’Internet dans le processus de radicalisation et met en évidence des découvertes majeures.

La première est que la plupart des individus radicalisés sont entrés en contact avec une idéologie extrémiste par des rapports sociaux hors de la sphère numérique. Internet n’est pas le seul lieu qui participe à la radicalisation et ne devrait pas être désigné comme la seule cause de radicalisation. Internet agit plutôt comme facilitateur et catalyseur pour éduquer et socialiser les individus.

Les gouvernements se fient de plus en plus aux méthodes de filtrage et de censure pour contrer l’extrémisme, mais ces méthodes négatives (le filtre, la censure et le blocage de sites) ne sont pas seulement inefficaces et chères, elles sont potentiellement contre-productives.

Cela est potentiellement contre-productif en particulier parce qu’en ce moment, la majorité des arrestations pour actes de terrorisme en France s’appuie sur des informations trouvées sur Internet pour mener les enquêtes et pour fournir des preuves en cas de mise en examen. Or, si l’on bloque l’accès aux sites et que l’on censure le contenu « non désiré », on risque de perdre beaucoup d’informations sans que la source de celles-ci disparaisse.

Dans notre ère numérique, il est aisé de créer un autre site, de republier l’information ou d’utiliser le « dark Web » , où il est plus difficile de trouver et de réguler l’accès ou le contenu de l’information.

On ne devrait alors pas pénaliser les entreprises qui ont créé une plate-forme de libre accès à l’information et qui promeuvent la liberté d’expression sur Internet. Il conviendrait plutôt de prendre des mesures positives, telles que le développement d’un contre-discours sur l’extrémisme, et de populariser certaines initiatives en ligne, qui sont plus efficaces dans la lutte contre les idéologies extrémistes.

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